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Financement participatif, un marché attrayant?

  • Etienne
  • 6 mars 2017
  • 11 min de lecture

Chapitre II – L’essor du financement participatif est-il conditionné par l’environnement macroéconomique ?


2.3 – Mesure de l’attrait du marché du financement participatif


Les facteurs macroéconomiques énoncés ci-dessus nous permettent de mesurer l’attrait du marché du financement participatif et les freins à son développement. De par sa création récente, le financement participatif est fortement influencé par son environnement extérieur et celui-ci doit bien être analysé et compris pour y identifier les perspectives de croissance et les défis à surmonter. Nous conduirons dans cette partie une analyse PEST (Politique, Economique, Sociale et Technologique). Cette analyse nous permettra d’évaluer l’influence positive ou négatif que peuvent exercer les facteurs macroéconomiques sur le secteur du financement participatif et voir ceux qui affectent le plus cette industrie.


3.1 –Politique, Economique, Social et Technologique : identification des facteurs clés

  • Facteur politique

Le facteur politique est clé car c’est lui qui a permis l’émergence du financement participatif tel qu’il existe aujourd’hui. Il est naturellement associé au facteur légal. Les fondateurs des plateformes de crowdlending ont travaillé de pair avec le gouvernement pour obtenir l’autorisation d’exercer ce métier. Parmi ces personnalités, Vincent Ricordeau, le co-fondateur de Kiss Kiss Bank Bank, a participé pleinement aux discussions autour du texte autorisant les particuliers à prêter aux entreprises entré en vigueur le 1er octobre 2014. Persuadé de par ses expériences antérieures du succès de telles plateformes il a pu lancer la plateforme Lendopolis, dédiée au financement en prêt, dès novembre 2014. Il en est de même pour le crowdequity qui a d’abord émergé dans un flou juridique avant d’être encadré ce qui a facilité son essor. La platforme Wiseed, pionnière du financement participatif en capital, s’en amuse même sur son site web expliquant que « Thierry [Thierry Merquiol, co-fondateur de la plateforme] a passé 6 mois dans les couloirs de Bercy, à tous les étages et dans tous les bâtiments ». L’implication des acteurs dans le processus de décision est un vrai point positif pour le secteur. Cela a permis de lutter contre les pressions d’autres acteurs financiers et d’aboutir à un texte gagnant-gagnant qui favorise le développement de nouvelles sources de financement pour les entreprises et garantit un certain niveau de protection aux épargnants.


Du point de vue légal, la fin du monopole bancaire était la condition sine qua non de l’existence de cette activité. Pour autoriser des acteurs non bancaires à prêter à des entreprises ou à des particuliers il a fallu modifier un article du code monétaire et financier qui prenait ses origines d’une loi datant de 1941 et qui n’avait pas été modifié depuis 1984. Le monopole bancaire sur le métier de prêteur était devenu une exception française en Europe. En revanche, les accords de Bâle 3 concernent tout secteur bancaire international. Ces accords ont imposé de nouvelles réglementations aux banques dans l’objectif de garantir une stabilité financière. Ces règles ont réduit la flexibilité des établissements bancaires et les ont contraintes à réduire le risque conduisant à un resserrement du crédit pour certaines entreprises. De plus, d’après Philippe Brassac, Directeur général du Groupe Crédit Agricole SA, le comité de Bâle travaille actuellement à une réforme des accords de Bâle 3. Philippe Brassac craint que le projet de l’institution aboutisse à une augmentation des ratios demandés aux banques ce qui réduirait encore leur capacité de financement (Linkedin.com, 2016). Si les banques se voient dans l’obligation d’augmenter encore leurs fonds propres cela se ferait nécessairement au détriment des financements accordés aux entreprises.

L’évolution des réglementations internationales et nationales bénéficie à l’émergence d’alternatives au financement bancaire. La gestion évolutive du cadre juridique autour du financement participatif et le soutien des pouvoirs publics favorisent son développement. On peut donc considérer que les facteurs légaux et politiques supportent l’essor du financement participatif.


  • Facteur économique

Le financement participatif en prêt et en capital s’adresse aux PME et est donc forcément impacté par l’environnement économique. La crise économique a redessiné le marché des financements. La politique monétaire mise en place par la BCE pour endiguer les effets de la crise a modifié le rapport des français à leur épargne et le coût du crédit des entreprises.

La crise a engendré une augmentation du nombre de défaillance de sociétés. D’après une étude de l’Insee, ce nombre a atteint 65 500 sur 12 mois en novembre 2009, au-delà du record enregistré en 1993 de 64 000 défaillances. L’étude démontre que l’allongement des délais de paiement pendant cette période a fragilisé les entreprises plus petites et plus fragiles. Ce serait une des principales causes de disparition des sociétés, devant le resserrement des crédits accordés par les banques (Insee, 2013). Ce contexte économique affecte les PME dans leurs décisions et repousse les projets de long terme par manque de visibilité sur la reprise de la croissance. Ces comportements prudents se sont traduits par une baisse du nombre d’investissements importants et il y aujourd’hui sur les marchés plus de liquidités que de projets à financer. La relance de l’économie est primordiale pour créer une réelle dynamique sur le marché des prêts.

Comme nous l’avons vu précédemment, la Banque Centrale Européenne a lancé dès fin 2008 une politique drastique de baisse de ses taux. En l’espace de 6 ans, le coût du crédit pour les entreprises a diminué en moyenne de trois points. Ceci a déplacé le référentiel des prix d’un prêt pour les entrepreneurs. Les chefs d’entreprises réfléchissent en termes de coût et sont à la recherche des taux les plus bas pour financer leurs projets et ne prennent souvent pas en considération d’autres facteurs. D’un autre côté la baisse des taux a impacté la rémunération du patrimoine financier des français. Ces derniers cherchent à optimiser leur épargne en déplaçant leur argent vers des solutions aux taux plus élevés. Mais l’environnement de taux bas perdure, et les alternatives s’amenuisent avec, les différents placements voyant en effet tour à tour leur taux baissé. On observe une tendance des épargnants à prendre un peu plus de risque pour maximiser leurs revenus mais ces derniers continuent toutefois de favoriser les placements liquides.

L’influence du facteur économique sur le financement participatif est nuancée. Les entreprises sont prises entre deux feux : une incertitude sur l’avenir et l’opportunité de prêts à bas prix, censés encourager les investissements. Cette situation particulière est un frein au développement du financement participatif. Une reprise de la croissance entrainant une nouvelle dynamique du marché du crédit est nécessaire pour permettre aux plateformes de crowdlending de faire un volume d’affaires suffisant pour survivre, dans un premier temps, et s’étendre ensuite.

L’environnement des taux bas accroît la difficulté des plateformes de vendre leurs prêts à des taux nettement plus élevés que ceux offerts par le système bancaire. Il leur faut communiquer sur les bénéfices offerts par le financement participatif pour essayer de convaincre les dirigeants d’entreprises de ne pas résonner uniquement en coût mais aussi en opportunité et en rendement. Ils doivent voir la dette comme une ressource de développement avant de la voir comme un coût au développement. Ce travail d’éducation est un vrai défi pour se développer malgré la différence de prix entre les offres bancaires et le prêt participatif. Le point positif de l’environnement économique concerne l’épargne des français. Celle-ci étant la source de fonds pour le financement participatif, la possibilité de rendements supérieurs permet de mobiliser suffisamment d’argent pour financer les projets. Toutefois, l’absence de vue sur la liquidité des fonds dans le crowdequity est aussi un frein pour attirer les épargnants. Sans réelle relance des projets d’investissements, le facteur économique en France est donc plutôt négatif pour le moment. Une opportunité réside dans l’hypothèse que les banques décident, en raison des marges très réduites, de réduire leur propension à prêter ce qui permettrait naturellement d’augmenter la part de marché du crowdlending.


  • Facteur social

Les nouvelles technologies ont engendré des changements dans notre façon de consommer, d’acheter ou de s’informer. Nos modes de vie ont été transformés avec la démocratisation d’internet, des ordinateurs et plus récemment des smartphones. Ces changements sociétaux ont permis l’émergence de nouveaux services. S’opposant à l’économie traditionnelle, on a ainsi vu apparaître l’économie dite collaborative. Celle-ci facilite les échanges de pair à pair et réduit généralement le nombre d’intermédiaires. Les acteurs historiques ont dû s’adapter à la digitalisation pour suivre les habitudes de leurs clients. La société évolue et avec nos usages.


Evolution prévisionnelle du chiffre d'affaires des acteurs de l'économie collaborative et de l'économie tradtitionnelle

Pour beaucoup de français il est aujourd’hui devenu presque naturel d’acheter un bien ou de partager un service avec un autre particulier. Nous pensons automatiquement à la location de son appartement sur des plateformes telle que Airbnb ou de proposer un trajet sur Blablacar mais les secteurs concernés sont nombreux. Le crowdfunding est une des activités de cette nouvelle forme d’économie. Permettre de financer des projets en sollicitant le soutien d’un grand nombre de personnes ne repose pas uniquement sur la capacité technique de la plateforme mais bien sur un facteur social qu’est l’interaction entre les individus. Le financement participatif en prêt ou en capital tire ses origines des premières formes de crowdfunding en ligne. Ces nouveaux intermédiaires n’auraient certainement pas pu voir le jour sans les étapes précédentes dans la mutation de nos habitudes liée au digital.

Le digital fait partie de notre quotidien. En 2015, 68% des français déclaraient avoir déjà fait des achats sur internet alors qu’ils n’étaient qu’à peine plus de 40% en 2010 (CSA, 2015). Cette rapide croissance témoigne de l’adoption du numérique et de la confiance grandissante dans les paiements en ligne. La réticence de faire des transactions monétaires sur internet semble diminuer. Cette confiance est clé pour l’activité du financement participatif. De plus les possibilités offertes par le numérique modifient notre rapport à l’argent. Outre les paiements dématérialisés, la gestion de notre épargne est également facilitée avec les innovations numériques. Les interfaces centrées sur le client, les applications bancaires ou le développement de robo-advisors gestionnaires d’épargne contribuent à changer les usages des particuliers.


Nous pouvons émettre l’hypothèse que ces changements remonteront des particuliers aux entreprises et que celles-ci considèreront de plus en plus les solutions numériques dans leurs prises de décision. Le financement participatif bénéficie des changements sociétaux liés au numérique. Le facteur social influence donc positivement ce secteur.


  • Facteur technologique

Enfin l’évolution de la technologie influence également l’industrie du financement participatif. Nous avons vu que les fintech ne reposaient pas uniquement sur l’innovation technologique mais également sur une innovation d’usage mais la technologie en demeure toutefois le support. Elle permet de supprimer les intermédiaires et de donner ainsi plus de libertés aux individus. Grâce à l’automatisation des tâches elle diminue les coûts et permet d’accélérer les « process ». Les acteurs du financement participatif en capital ou en prêt ont recours à des algorithmes puissants pour l’analyse du risque. Ce système de scoring automatisé leur permet de délivrer un service plus rapide que les offres traditionnelles. Enfin l’exploitation des données des utilisateurs par les acteurs opérant exclusivement en ligne leur permet de collecter des informations dans l’objectif d’améliorer l’expérience de l’internaute tout en ciblant ses habitudes et préférences. L’utilisation du « big data » est une ressource importante que les plateformes ne doivent pas négliger afin de rester compétitives. La bonne utilisation des outils digitaux permet une simplification du parcours client et est créateur de valeur en ce sens.


Fluidifier les transactions et diminuer les contraintes font partie des propositions de valeur du financement participatif. L’automatisation des process veut aller encore plus loin. Les plateformes les plus avancées technologiquement incorporent la technologie blockchain dans leurs instruments de mesure du risque. D’après le site Blockchain France, la blockchain « est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle ».

Fonctionnement de la blockchain

Cette technologie s’apparente à une base de données virtuelle publique contenant l’historique de tous les échanges et transactions entre utilisateurs. Appliquée à l’industrie financière, la blockchain permettrait de calculer avec la plus grande précision possible le risque d’un projet grâce au fait que l’ensemble des transactions dans la vie d’une société seraient enregistrées. Ce système se veut fiable car chaque transaction serait validée par des algorithmes se référant au registre virtuel de l’entreprise sans interaction humaine qui pourrait manipuler l’historique des transactions financières ou influencer la prise de décision. Evidemment cette technologie est aujourd’hui considérée comme disruptive et difficile à mettre en place à court terme. Cependant, la blockchain laisse entrevoir une nouvelle façon de procéder aux transactions financières et apporterait une nouvelle approche au risque et d’accélérer encore les process.


Dans l’immédiat l’utilisation de la blockchain permet de créer des titres financiers digitaux grâce à leur enregistrement sur la chaîne. Ces titres seraient ainsi plus facilement transmissibles du fait que la propriété est sécurisée et la transaction serait inscrite dans le registre virtuel. La propriété des titres ne peut être contestée car l’inscription sur la chaîne de blocs ne peut être effacée une fois la transaction aboutie. Cet usage de la technologie doit permettre d’apporter plus de liquidité aux épargnants en leur permettant d’échanger leurs titres facilement. Le gouvernement soutient le développement de cette innovation. La création des bons de caisses dédiés au crowdlending, les minibons, a pour but de faciliter l’adoption de la blockchain. À la troisième « Assise de la finance participative » le 29 mars 2016, Emmanuel Macron, alors Ministre de l’Economie déclarait : « Nous allons profiter de l’ordonnance sur la réglementation financière, chargée de dépoussiérer les bons de caisse en créant des minibons, et pour expérimenter sur la blockchain ».

Les minibons ont pour objectif de faciliter le financement des plus petites structures types SARL pour lesquelles il est très difficile d’évaluer le risque. L’aboutissement des minibons constituerait une source de financement importante pour ces dernières. Par ailleurs, les minibons pourront être échangés sur les plateformes ce qui est également un point important en faveur de l’adoption de la blockchain afin d’assurer plus de flexibilité aux épargnants. Le crowdfunding est donc une forme d’expérimentation de la technologie blockchain pour l’Etat.


L’évolution de la technologie devrait continuer à supporter le développement du financement participatif. Il est important pour le secteur d’être à l’avant-garde des innovations technologiques pour renforcer son essor et s’imposer dans la paysage des financements aux entreprises. On peut en conclure que si les acteurs du financement participatif se montrent proactifs, l’innovation technologique continuera d’influencer positivement le développement de l’industrie.


Anlayse PEST du secteur du financement participatif


L’analyse de l’environnement macroéconomique et la conduction de l’analyse PEST nous permettent d’identifier des variables pivots. Les variables pivots sont les facteurs affectant significativement l’activité du marché et son développement. Certains facteurs sont présents dans les différents paramètres de la PEST. C’est le cas notamment de la politique monétaire européenne et de la réglementation bancaire internationale qu’on retrouve dans le facteur tant politique qu’économique. Le poids de ces éléments dans l’environnement macroéconomique du financement participatif témoigne de leur importance et de leur capacité à conditionner le développement de l’activité. L’évolution de ces facteurs, qu’elle soit amenée par les conditions économiques ou le pouvoir politique aura forcément des conséquences sur l’avenir du crowdfunding pour les entreprises. De même, les facteurs politiques et technologique sont étroitement liés. L’autorisation du premier permet le développement du deuxième. Nous avons vu que l’innovation technologique doit être soutenu par les pouvoirs publics pour que son adoption à grande échelle soit rendue possible. Le fonctionnement de pair de ces deux facteurs continuera d’affecter le secteur et est important pour évoluer rapidement et ne pas se faire technologiquement dépasser par d’autres pays.


Le marché est donc naturellement porté par l’évolution de l’environnement économique et par la façon dont réagiront les instances politiques au niveau notamment de la réglementation. L’innovation technologique soutiendra également l’essor du financement participatif à condition que le soutien de l’Etat se poursuit dans le futur.


L’analyse macroéconomique dans ce chapitre nous apporte des éléments de réponses sur la capacité du financement participatif à répondre au besoin de financement des PME. L’ampleur de la crise financière et la réaction du monde politique et économique ont grandement contribué à l’émergence de nouvelles solutions de financement. L’environnement semble influencer positivement le secteur et de nombreux facteurs sont réunis pour soutenir le développement du financement participatif. Des menaces persistent néanmoins sur l’économie. L’incertitude de la reprise économique et de ses conséquences sur la politique monétaire et la réglementation représente un risque pour le crowdfunding aux entreprises. Par ailleurs nous avons vu que les crédits bancaires accordés en France continuent de progresser.


Dans les prochains posts nous ferons une synthèse des opportunités et des menaces et les confronterons aux résultats de nos recherches de nos premiers posts. Enfin, cette analyse combinée nous permettra d’émettre des recommandations pour poursuivre le déploiement de ce mode de financement et de nous former une opinion sur l’avenir du secteur


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